« L’inconstance de l’espèce » de Judith Schalansky : un roman noir

L'inconstance de l'espère de Judith Schalansky

« L’inconstance de l’espèce » disponible chez Raum B

L’inconstance de l’espèce est un roman troublant à ne pas mettre entre toutes les mains. Âmes sensibles s’abstenir ! Amis misanthropes, la place est libre !

Inge Lohmark est professeure de biologie et la protagoniste de ce roman. L’action (ou la non-action) se situe dans une ville d’ex-Allemagne de l’Est, l’ambiance est lourde. Tout du moins, c’est ce que crée le style laconique, distant mais vif de Judith Schalansky. Ses phrases courtes et les insertions radicales de Inge laissent peu de choix. Le lecteur se prend de face le désarroi, la perte de repère et d’espoir de la protagoniste qui interprète chaque élément, chaque individu par le prisme de la biologie. Cela étant, c’est loin d’être un ouvrage qui traite de l’eugénisme. C’est le roman d’une femme qui vit dans un autre pays que celui où elle est née. Et ce n’est pas elle qui en est partie ! Sa fille s’est quant à elle installée aux États-Unis et son mari s’occupe de l’élevage de ses autruches. Chaque jour, elle enseigne la biologie et le sport à des « primates » qui se laissent porter par l’évolution. Inge Lohmark ne semble pas davantage apte à l’adaptation pourtant. Sa survie a été mise à l’épreuve par l’Histoire et par les systèmes qui se succèdent et se ressemblent tellement par leurs promesses vaines. Elle ne comprend pas, ne comprend plus ce qu’on attend d’elle ni ce qu’elle peut attendre des « autres ».

A l’instar d’Inge, L’inconstance de l’espère doit être apprivoisé pour en appréhender l’ampleur. Il faut être prêt à supporter l’absence d’empathie, l’ironie voire le cynisme parfois cruel de l’enseignante. Sa vision de l’être humain est froide. C’est peut-être sa façon à elle de s’adapter à un nouvel environnement, un moyen de se protéger pour continuer de vivre dans ce nouveau monde inhospitalier. L’approche de Judith Schalansky, qui a grandi elle-même en R.D.A., est originale. Loin des sagas familiales qui abondent depuis quelques temps, L’inconstance de l’espèce traduit la frustration et le sentiment de laissé-pour-compte que peut ressentir un individu dans une telle situation. Son écriture est le vecteur des flèches de la destinée qui, faute de cible pré-déterminée, touchent malgré tout celui qui les croise. « Anpassung ist alles » nous dit-on. Oui, faut-il encore pouvoir s’adapter sans trop souffrir…

 L’inconstance de l’espère, Judith Schalansky, Actes Sud, 2013, traduction de l’allemand par Matthieu Dumont.

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