Henry Bauchau : le jongleur de mythes

Né en Belgique en 1913, Henry Bauchau semble avoir façonné son regard sur le monde par le prisme d’un traumatisme connu pendant sa petite enfance. Ou serait-ce par sa transmission intergénérationnelle ? En 1914, alors qu’il est chez ses grands-parents, Louvain est en proie à un incendie. Réchappé de peu, il est séparé de sa mère pendant trois mois. C’est de ce mythe familial entendu à maintes reprises qu’Henry Bauchau en vient semble-t-il progressivement à la psychanalyse. Où est le vrai trauma ?

La déchirure et Le régiment noir

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Avant d’ « être en marche dans [ses] romans », il fait un passage dans le monde de l’édition et du journalisme. Il se lance littéralement dans l’écriture dans les années 1950, poésie, prose, essai, théâtre, il s’essaie à de nombreux genres.

Certains romans sont plus emblématiques que d’autres. Parmi ceux-ci, on peut citer L’enfant bleu, où Orion, 16 ans, partage son esprit avec les (vrais) démons de Paris. La violence l’habite et le maltraite. L’avenir semble compromis dans un monde où « les dictées d’angoisse » ne sont pas choses courantes. Pourtant, elles offrent une certaine « libération ». Mais grâce à la présence de Véronique, sa « psycho-prof-un-peu-docteur et infirmière », il semble trouver sa voie vers le « je ». Vers l’identité qui est en lui mais n’est pas reconnue par les autres. Nul besoin d’être « malade » pour considérer son « je » à travers les apparences qu’on veut bien nous renvoyer ou pour ne pas être en mesure de l’apprivoiser. Ce récit n’est pas qu’une histoire. Il s’agit en réalité d’un roman inspiré d’un jeune homme qu’a effectivement suivi Henry Bauchau en psychanalyse. Il est parvenu au « je » grâce au minotaure et aux autres mythes qui lui ont permis d’accéder à d’autres mondes, sans doute de se trouver et de s’accepter avec ses fissures personnelles et sa « folie » singulière.

Les monstres de l’enfant bleu :

L’écriture est limpide et jamais surchargée, à l’instar de son approche empathique de l’être humain. Henry Bauchau nous fait traverser les mythes et les labyrinthes en compagnie d’Orion et de ses démons sans jamais nous perdre.

On peut également citer Le régiment noir où la Guerre de Sécession règne. Autre mythe plus récent d’une guerre qui a bien existé, présentée ici comme beaucoup plus « humaine », beaucoup plus tortueuse… Henry Bauchau y décime les raccourcis et annihile la dichotomie pour offrir un roman épique où la batterie noire reprend son rôle.

La déchirure est le roman de l’agonie. L’agonie d’une mère, l’agonie d’une mort en devenir mais surtout d’une séparation… Ou encore Boulevard périphérique où la mort est à nouveau abordée, titillée et qui a connu un important succès lors de sa parution. Les thèmes abordés par Henry Bauchau foisonnent de traumatismes en filigrane, la vie n’est pas rose, ce serait un leurre que de le croire. Néanmoins, son regard réaliste n’est pas défaitiste, il aborde nos côtés sombres, c’est un fait, mais il ne semble jamais pour autant appeler ni à l’abandon ni au fatalisme. Tant que faire se peut… il faut trouver SA voie/x…

D’autres titres en vrac : Antigone (théâtre), La pierre sans chagrin (poème), Œdipe sur la route (récit) et bien d’autres…

Henry Bauchau est décédé en 2012.

Raum B vous propose de découvrir La déchirure et Le régiment noir ! L’enfant bleu est  déjà parti…

Pour en savoir plus sur Henry Bauchau et son œuvre, rendez-vous sur le site du fonds Henry Bauchau.

Antigone, d’après Henry Bauchau :

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