« Les hommes protégés » de Robert Merle ou le matriarcat comme dernier recours…

Les hommes protégés chez Raum B

« Les hommes protégés » de Robert Merle

Imaginez une société où les femmes ont le monopole du pouvoir, non pas un pouvoir mérité, conquis ou même légitime… mais un pouvoir  obtenu dans des circonstances relevant davantage d’une sorte de fatalité, incarnée par une certaine sélection naturelle… autrement dit une maladie mortelle ne touchant que les hommes d’un certain âge appelée l’encéphalite 16.

C’est ce que nous conte l’ouvrage de Robert Merle, Les hommes protégés, paru en 1974. Protégés, certains hommes le sont bien car le renouvellement de l’espère doit être assuré.

Cette situation « inespérée » pour la gente féminine en quête d’égalité depuis des décennies va pourtant connaître des relents plutôt amères. Le cliché maternel, pacifique voire bienveillant de la Femme se voit remis au goût de la testostérone (dont le monopole du pouvoir, non pas mérité, conquis ou même légitime se voit supplanter par un autre…) une fois les manettes du pouvoir entre les griffes. Les hommes sont stigmatisés, mis au ban de la société, malmenés et violés (lorsqu’ils survivent). Certains vont même jusqu’à se transformer en castras volontaires afin de s’immuniser contre la maladie et par là-même démontrer leur engagement au nouveau pouvoir en place.

Ouvrage anti-féministe ? Loin de là. Il s’agit davantage de mener une réflexion sur l’être humain dans sa diversité complexe, sur le pouvoir et sur la façon de le conserver, sur la manière de lutter contre les « injustices » sans être obligé d’en faire subir à d’autres. La femme est un Homme, l’homme est un Homme, donc la femme est un homme. Sophisme peut convainquant certes mais qui en dit long sur les points communs qui font de l’espèce humaine un ensemble. La survie, le pouvoir, l’exploitation et l’autocratie (voire la « genrocratie ») font partie de la société comme elle est conçue autant que l’empathie, la bienveillance ou le partage. Et ces caractéristiques ne sont pas réservées à un sexe en particulier. Pourquoi les femmes ne pourraient-elles pas aussi prouver qu’elles appartiennent bien à l’espèce humaine ?

Comment rendre une société « juste », doit-on forcément user de la fibre totalitaire pour rééquilibrer les systèmes hiérarchiques basés sur des préjugés ? Doit-on obligatoirement faire subir des sévices à ses congénères ?

Le roman (d’aucuns le qualifient de science-fiction) se situe aux États-Unis à une période indéterminée. Cela étant, dans le paysage mondial où l’homme devient un genre en voie d’extinction, une « certaine exception française » pointe son nez et elle peut paraître quelque peu agaçante. Mais il faut bien que la résistance se situe quelque part…

Agrégé d’anglais, Robert Merle a certainement été influencé par le goût prononcé de ces littérateurs pour la dystopie et l’anticipation qui s’y sont insinuées à une certaine époque (quelque peu désabusée…). Son roman, Malevil, adapté au cinéma en 1981, en est un autre bon exemple.

Du même auteur chez Raum B : En nos vertes années

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